En Fin de Compte
(traduction en français par Emmanuelle Jaborska)

Les cavaliers disent, « Il y a quelque chose de l’extérieur du cheval qui est bon pour l’intérieur de l’homme. » De bonnes choses arrivent en effet quand on travaille avec des chevaux : une amitié fondée sur la dépendance mutuelle, la confiance, et un but commun, ainsi qu’une intimité unique avec une autre espèce.

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Photo de Jim Sadur

Cette amitié ne se forge qu’après des mois (peut-être des années) de travail. L’union d’un homme et d’un cheval en une équipe ne se fait pas du jour au lendemain. Comme dans un mariage, les deux individus doivent s’étudier l’un l’autre et s’ajuster à leurs comportements respectifs. Le cavalier, appartenant (soi-disant) à l’espèce plus intelligente, doit faire le plus grand effort pour s’habituer. Le cheval, conditionné par des ères d’évolution, ne peut changer ses instincts. La cavalière doit peu à peu se rendre compte de la façon dont le cheval perçoit la réalité et comment il réagit à son environnement. En comprenant le « point de vue » du cheval, la cavalière peut modifier ses commandes de sorte que le cheval fasse ce qu’elle veut. De son côté, le cheval apprend à faire confiance à la cavalière et à donner les bonnes réponses à ses commandes. Etant un animal de groupe, le cheval est habitué à une hiérarchie. Il arrive qu’il domine d’autres chevaux de son groupe, mais qu’il soit à son tour dominé par d’autres. Avec une cavalière, il s’aperçoit vite s’il doit coopérer ou s’il peut agir à sa guise (comme le savent beaucoup de cavaliers débutants !). La récompense d’un entraînement patient est le moment où la cavalière sait que le cheval partage son point de vue.

L’effort de comprendre le cheval nous donne le rare privilège de communiquer avec une psychologie non-humaine. L’interaction avec le cheval produit le contact physique et psychologique le plus proche que l’on puisse avoir avec une autre espèce. L’intimité entre cheval et cavalier, tout en commençant par un contact physique, devient un lien psychologique quand les deux créatures en viennent à se comprendre l’une l’autre. Ceci n’existe avec aucune autre espèce animale. Les chiens sont peut-être nos compagnons les plus proches, et nous aident aussi dans notre travail, mais nous ne les montons pas. D’autres animaux montés par les hommes – les chameaux, les ânes, les éléphants et les buffles – ne sont pas aussi adaptables que le cheval et ont donc un contact physique limité avec leurs dresseurs humains. Quand le lien entre cheval et cavalier est complet, les deux travaillent ensemble et ne forment plus qu’un. Homo sapiens et equus caballus deviennent un nouvel animal.

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photo © 2000-2009 Melinda Maidens

Le dressage des chevaux nous apprend beaucoup, non seulement sur nous-même, mais aussi sur notre abilité à changer la nature. À travers les siècles, sous leur influence réciproque, hommes et chevaux ont souvent donné le meilleur d’eux-mêmes. Nous avons permis au cheval de devenir tout ce qu’il était capable de devenir. Comparez les chevaux de Prjevalski, les meilleurs exemples de chevaux vraiment sauvages, avec les Pur-Sang anglais. Des siècles d’élevage selectif ont produit un animal magnifique: plus grand, plus rapide, et plus raffiné que son ancêtre. Regardez un Mustang ruer puis regardez un Lipizzan faire une cabriole. Le Lipizzan fait le même mouvement naturel, mais avec quel style et quelle grâce acquis après des années d’entraînement! En extrayant le potentiel dormant du cheval, nous découvrons nos propres talents. Pour maîtriser la Nature, nous maîtrisons nos propres natures, et ce faisant, nous mettons en évidence à la fois le meilleur de la Nature, et de nous-mêmes.


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© 1999-2009 Melinda Maidens
traduction© 2002-2009 Emmanuelle Jaborska
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