La Prise de la Bastille
le 2 décembre 1999
La Bastille est considérée historiquement comme symbole du pouvoir. Claude le Petit l’a appelée en 1688 <<the place that makes everyone tremble.>> Quand Louis XIV est mort en 1715, elle était considérée comme le symbole de l’absolutisme monarchique et de l’abus du pouvoir. La Bastille est devenue officiellement le symbole d’état partout en France pendant la Révolution. Elle a été utilisée pour promouvoir l’idéal moderne (c’est à dire, celui de la Révolution), l’égalité et l’unité du peuple, et leur aptitude à réussir alors que tout était contre eux dans leurs efforts de détruire ceux qui les avaient tyrannisés. La prise de la Bastille est symbole de cette aptitude du peuple français à reprendre leur liberté par n’importe quel moyen contre la tyrannie et l’oppression de l’ancien régime. Cette nuance importante, n’importe quel moyen, est le sang. Il fallait justifier la violence du 14 juillet, la <<célébration épouvantable>> (comme la tête du marquis De Launay, le gouverneur de la Bastille, au bout d’une pique), pour effacer les problèmes de moralité, en lui donnant un aspect révolutionnaire. Les événements sanguinaires de la prise de la Bastille ont été justifiés en exagérant les <<horreurs de la Bastille>>, en idéalisant les Vainqueurs de la Bastille et les prisonniers qui était libérés le 14 juillet, et en accentuant la Bastille comme symbole de la tyrannie et de la cruauté. Quand cette philosophie sanguinaire est devenue acceptable comme moyen nécessaire (le n’importe quel moyen) pour détruire l’ancien régime, la mentalité violente est devenue l’idéologie à la base de la Révolution.
La Bastille joue un rôle déterminant dans la perception de la réalité après les événements du 14 juillet, ce qui a augmenté ses pouvoirs symboliques. La Bastille était le symbole de l’esclavage du peuple française sous la monarchie. La prise de la Bastille est considérée comme la victoire de la liberté sur le despotisme. La Bastille n’avait plus d’importante militaire (elle ne renferme que sept prisonniers), alors sa prise n’était pas vraiment plus nécessaire que n’importe quelle autre forteresse-prison. Mais la Bastille était la représentation materielle du caractère despotique de l’ancien régime La prise de la Bastille était la libération du peuple par lui-même. Les prisonniers de la Bastille représentaient la nature arbitraire et cruelle de l’ancien régime, et leur libération était symbole de la victoire du peuple. Pour légitimer d’avantage la prise de la Bastille, le roi a <<cédé sur tous les plans>>: l’insurrection avait réussi, le peuple avait gagné. Le 14 juillet a annulé le pouvoir despotique du roi.
Les <<horreurs de la Bastille>> était au centre de beaucoup de publications en 1789 qui ont décrit le sort des prisonniers de la Bastille comme s’il s’agissait d’un roman gothique, pour révéler les tortures de la Bastille, et par conséquent, ce qu’elle représentaient: le roi et la monarchie. Mais les révélations que ces publications ont décrites ne résistent pas aux <<calculs savants des historiens qui ont mesuré la durée des détentions, les conditions d’internement, les raisons des incarcérations.>> La réalité des incarcérations était loin des descriptions sinistres qui ont été publiées. Les gens voulaient ajouter un accent romantique à la Bastille. La Bastille a été décrite comme <<le temple de la cruauté et de l’horreur>>, <<la forteresse où le despotisme enfermait ses victimes>>. Un article du 17 mai 1790 a caracterisé la prise de la Bastille comme la lutte de la liberté contre la tyrannie, et a inclus des exagérations et des mensonges flagrants. L’intention de ces brochures n’était pas la documentation, mais la propagande. Ces publications ont fait fonction de justification de la prise de la Bastille et ses <<circonstances sanguinaires.>> La plupart des nouvelles au sujet de la Bastille mettaient en constraste l’ancien régime, ses abus de pouvoir, et ses tyrannies et ses cruautés avec les actes glorieux et les accomplissements de la Révolution. Les brochures de la propagande pour but la fonction d’ancrer la Bastille solidement comme symbole de la tyrannie pour ceux qui ne pouvaient pas voir eux-mêmes les cachots et les chaînes de la prison du roi. Par ces méthodes de description, la prise sanguinaire de la Bastille a été rendue populaire et banale, et puis acceptable socialement.
Ecstatic and bloodstained Vainqueurs liberated prisoners
looking rather demented, while speared heads were carried
through the streets in triumph by a hysterically screaming mob.
Les prisonniers qui ont été libérés de la Bastille le 14 juillet ont toujours été caracterisés comme <<les victimes du despotisme>>, <<les victimes misérables de la tyrannie>>, <<la voix de l’innocence subjuguée>>, <<des vieux hommes vénérables>>. L’idéalisation des prisonniers est en corrélation avec l’exagération des conditions dans les cachots de la Bastille. Si la Bastille est symbole de la cruauté de l’ancien régime, les hommes qui étaient incarcérés dans la Bastille doivent être victimes du despotisme. Cette idéalisation des prisonniers apparaissait souvent sous l’image du vieux homme vénérable, qui est resté dans la Bastille quarante ans ou plus. Il s’appellait le comte de Lorges, le martyr de la liberté. Les histoires concernant cet aristo calomnié étaient publiées par tous les journaux, et en 1790 il était si bien-connu que Curtius l’a représenté enchaîné dans son musée de cire. Un autre prisonnier bien connu qui s’associe toujours avec la prise de la Bastille (surtout dans les publications de 1789) est l’homme au masque de fer, qui est mort dans la Bastille en 1703, et qui a été découvert en 1789. La découverte du masque de fer a commencé une légende qui représente la tyrannie de la monarchie, et démontre la barbarie de la cour de Louis XIV, et de tout l’ancien régime. Si l’homme au masque de fer était le frère jumeau(1) du Roi Soleil, ou son fils bâtard, on ne le savait pas, mais il est devenu le symbole de ce qu’il y avait de pire dans l’ancien régime: arbitraire, obsédant, terrifiant, criminel. L’homme au masque de fer contribue à faire de la monarchie <<l’incarnation du mal.>> L’identité de l’homme au masque de fer a été obscurcie par l’ancien régime: en effaçant son nom, il a essayé d’effacer son existence. Mais l’homme au masque de fer a été vengé par la prise de la Bastille: <<quelle que soit son identité, le peuple n’a pas perdu sa mémoire>>
Mais quelle est la vérité des prisonniers libérés le 14 juillet? Il y avait sept prisonniers dans la Bastille en ce temps-là: Solages, Whyte, Tavernier, Béchade, La Corrège, Pujade, et Laroche. Les quatre derniers de ces hommes étaient des faussaires qui sont vite disparus après la prise de la Bastille, dont on ne trouve plus la trace dans l’histoire. Whyte était un Anglais qui se prenait Jules César, St Louis, ou quelques fois même Dieu. Tavernier était aussi un peu fou, et avait essayé d’assassiner Louis XIV en 1759. Les deux ont été incarcérés à Charenton après quelques jours de liberté, quand les gens de Paris ne pouvaient plus nier qu’ils fussent fous. Le comte de Solages avait été incarcéré à la demande de sa famille, qui pensait qu’il avait tué quelqu’un, et après le 14 juillet, il est retourné en prison, dans la prison de Languedoc. Alors à la Bastille en juillet 1789, il y avait quatre faussaires, deux meurtriers et un fou. Ils n’évoquent pas des martyrs de la liberté. Mais parce qu’ils étaient enfermés dans la Bastille, la prison du roi, ils le sont devenus.
Un groupe de 954 gens a reçu le titre de Vainqueur de la Bastille. Ces vainqueurs étaient pour la plupart des ouvriers, des artisans, et des bourgeois. Ils n’étaient devenus parisiens que récemment. Les morts et blessés parmi les vainqueurs du 14 juillet n’étaient que 171. Les vainqueurs a massacré les soldats à la Bastille, en tuant avec la même cruauté et la même barbarie qu’ils prétendaient combattre. Les publications de 1789 les ont appelés des <<héros nationaux>>, et les a comparés à Hercule et autres héros mythiques. Les vainqueurs de la Bastille représentent l’avant-garde de toute la nation française luttant pour sa liberté. L’Assemblée Nationale les a honorés pour leur <<héroïque intrépidité>> avec laquelle ils avaient risqué leur vie pour libérer la patrie de l’esclavage. La prise de la Bastille est dite d’avoir faire des héros des hommes ordinaires. L’Assemblée Nationale leur a donné des médailles et le titre de Vainqueur de la Bastille. Le titre était la preuve de leur résolution patriotique. La glorification des vainqueurs de la Bastille et les honneurs d’état qui leur ont été donnés ont légitimé le massacre à la Bastille, et les actes cruels et barbares qu’ils ont commis contre les soldats de la Bastille, et particulièrement contre le gouverneur de la Bastille, le marquis De Launay.
La Révolution était née sous le signe du sang.
Ces méthodes de justifier ce qui était essentiellement un massacre cruel et immérité au nom de la tyrannie ont posé les bases idéologiques de la Révolution sanguinaire et de la Terreur. La mentalité du 14 juillet 1789 était qu’il fallait réparer les torts de l’ancien régime avec toute la violence et toute la terreur que ce dernier a utilisé pour opprimer le peuple français. Il fallait répondre à la violence de l’ancien régime avec la violence. Babeuf a écrit au 23 juillet, <<le courroux du peuple n’est point apaisé>> par les événements du 14 juillet. D’autres ont décrit de tels sentiments: <<I commend such rough justice when it is satisfied by the destruction of the guilty>>, <<They (l’ancien régime) are reaping what they have sown>>, <<Frenchmen, you are destroying your tyrants!. . . You will be free at last!>>, <<All that is needed to allay the fury of the people, is a tribunal in which it can have confidence.>> Il y avait ceux dans l’Assemblée qui ont approuvé les massacres, les qualifiant de nécessaires. Ils les ont justifiés par <<un sophisme atroce>>: Le sang qui a coulé était-il si pur? La prise de la Bastille a décidé de la forme et des moyens de la Révolution: <<la peur, la violence purificatrice, la logique glacée et cruelle, l’irréalisme du toujours plus, avec son cortège d’horreurs et d’idéalisme suspect.>> Les gens ne respectaient plus la vie, ils n’avaient pas voulu modérer leur violence, et cette idéologie du tout ou rien a séparé la Révolution de la mesure, du compromis, et de la raison.
Footnotes:
(1)Il est impossible que l’homme au masque de fer était le frère jumeau de Louis XIV. L’homme au masque de fer, enfermé à la Bastille en 1698, y est mort à l’âge de 45 ans en 1703 (Lüsebrink p. 13). Louis XIV est né en 1643, alors il avait 45 ans en 1688. Je crois qu’il était aussi impossible que l’homme au masque de fer ait été le fils bâtard de Louis XIV. Il n’avait que dix ans quand l’homme au masque de fer est né. Je pense que l’homme au masque de fer était Foucquet, un ministre de Louis XIV qui a donné une petite gifle au dauphin, qui l’avait mordu.
Bibliographie
Chaussinand-Nogaret, Guy. La Bastille est Prise. Éditions Complexe, Bruxelles, 1988.
Cottret, Monique. La Bastille à Prendre. Presses Universitaires de France, Paris, 1986.
Godechot, Jascques. The Taking of the Bastille. Charles Scribner’s Sons, New York, 1970.
Lüsebrink, Hans-Jürgen and Rolf Reichardt. The Bastille: a History of a Symbol of Despotism and Freedom. Duke University Press, London, 1997.
Quétel, Claude. La Bastille: Histoire vraie d’une prison légendaire. Éditions Robert Laffont, Paris, 1989.
